Alors, oui, le « elephant trekking »,
c’est un truc pour touristes et on pourrait même dire une arnaque pour touriste.
Plantons le décor : vous êtes un quidam très
moyen, venu en Thaïlande en vacances ou pour passer un examen et plonger.
Au cours de vos allées et venues, vous avez souvent vu les
éléphants et vous adorez les éléphants,
peut-être un vieux
souvenir d’enfance même si de mémoire vous n’avez jamais été une grande fan ni de Dumbo ni de
Babar. Donc à un moment ou à un autre de votre séjour vous avez négocié et
réservé votre trek à dos d’éléphant.
Le jour dit, un charmant jeune homme vient
vo
us chercher dans un taxi pour le moins rutilant tout neuf tout beau et tout propre et vous dépose à l’endroit où sont les éléphants.
Sans attente vous êtes installée dans un bât sur le dos de l’animal et vous partez.
Pour, à tout
casser, 800 mètres de tour.
L’éléphant, c’est lent, et ça pourrait donner le mal de merà un estomac
sensible. Mais sensible, votre estomac n’est pas — vos quelques séjours sur les bateaux thaïs vous
ont bien amarinée, et vous profitez de la
balade.
Certes, vous préfèreriez que votre cornac (je crois que c’est comme ça qu’on dit) soit un peu plus
gentil avec votre monture — Hou là…Vous êtes en
vacances, alors y’a pas le feu à la queue de l’éléphant, please, monsieur, laissez lui faire pipi-popo à son aise, j’ai tout mon temps, moi, et
puis pourquoi vous l’embêtez alors qu’il a juste envie de brouter un peu le bas côté ? — [Comment
ça, je vis dans un monde de bisounours, moi ?]
Arrivés dans la forêt, le cornac fait stopper son animal et en descend, et vous explique que puisque vous avez réservé une heure d’éléphant, il faut poireauter là. Vous comprenez donc
que, une demie heure ou une heure, c’est le même tour, et évidemment vous avez payé plus même si dans l’absolu vous
n’avez pas payé bien cher, c’est une question de principe.
Fataliste, vous vous dites que vous auriez dû le deviner et vous
vous préparez donc à poireauter le temps nécessaire en bavardant avec le cornac qui
s’est allumé une clope vous apprend le nom de son
éléphant — Tah-noy —, son âge « Thirty » et qu’il
s’agit d’une « lady ». Toutes questions que par
ailleurs vous lui aviez déjà posées et auxquelles il avait répondu durant le début de
ballade.
Il précise que dans leur cheptel, ils ont un « man » et il mime des
défenses.
Et là vous vous
souvenez opportunément qu’en montant le chemin vous avez bien cru voir dans un pré ( ???) un
éléphant à défense [que vous croiserez sur le chemin du retour, d'où la maaaagnifique photo ], et par ailleurs vous partez dans une intense méditation interne pour essayer de vous rappeler les différences entre les éléphants d’Asie et d’Afrique.
De sombres histoires de nombre de « doigts » à l’extrémité de la trompe, de défenses, effectivement,
et d’oreilles, mais vous n’êtes plus sûre.
Du coup puisqu’il faut attendre, vous aimeriez bien descendre et dire bonjour à votre monture, mais il vous
dit que, non, vous ne pouvez pas descendre .
En revanche, il
vous propose de prendre des photos, et vous invite du coup à vous installer sur la nuque de l’éléphant.
Là, vous êtes ravie. Parce que, même si c’est du vieux cuir plein de soies qui piquent vos jambes nues, vous êtes vraiment, vous personnellement vous-même à cet instant assis sur le toit du
monde à califourchon sur la nuque d’un éléphant, vous penchant pour
regarder ses yeux et sa trompe, caressant son front, touchant ses oreilles : une vraie
gosse.
Le gars prend très sympathiquement plein de photos et vous êtes contente
parce que c’est bien rare qu’il y ait qui que ce soit pour vous prendre en photo hormis dans le cercle
familial.
Au passage, le cornac vous demande avec espoir si vous êtes « happy, happy » ?
Et comme vous lui confirmez que oui, il vous invite à déposer des sous dans le gobelet fixé sur le bat de l’éléphant, précisant que c’est pour nourrir
celui-ci « Fifty kilogrammes food a day » [Ah-hem…. Ça ne serait
pas plutôt pour acheter des clopes et entretenir votre toux, monsieur ?].
Vous vous dites que vous n’avez pas payé le trip bien cher de toutes façons [oui oui je sais je l’ai déjà
dit] et puis peut-être le gars sera
sympa avec son éléphant si celui-ci lui fait gagner plein de pourboires [Comment
ça, je vis dans un monde de bisounours, moi ? (bis repetita) ]
et peut-être quand même qu’une partie passe dans l’estomac du pachyderme, donc vous donnez 100 THB (dans l’absolu une petite somme, pour le pays un pourboire relativement correct pour vous qui êtes en fin de séjour et bien
fauchée, une somme « relativement » importante).
À l’arrivée, comme le gars a repris plein de photos et que vous êtes ravie d’avoir fait le voyage
de retour à la place du cornac, directement sur la nuque d’un éléphant et vos pieds nus sur ses épaules, ses oreilles calant vos jambes, vous redonnerez 100 THB de plus.
En revanche, quand vous demanderez si vous ne pouvez pas approcher directement les éléphants, à pieds, on vous tendra un panier de banane en vous disant que c’est 100 THB de plus, et là quand même, vous vous dites
que, non, tant pis, un peu déçue néanmoins.
Alors, oui, le « elephant trekking »,
c’est un truc pour touristes et on pourrait même dire une
arnaque pour touriste.
Et sans doutes que si on est vraiment concerné par la cause des éléphants, on devrait peut-être plutôt boycotter ce genre de truc
plutôt que de cautionner ce système où je ne suis pas sûre que ces pauvres bêtes soient il
semble fort probable que ces pauvres bêtes ne sont pas correctement traitées.
D’un autre côté, boycotter c’est facile, faire bouger certaines choses moins.
Et même si je suis pas sûre d’avoir « de quoi être fière de moi », ben j’ai approché les éléphants et je suis contente. Un vrai
touriste, sans cerveau, on a dit. Pfft. :-))