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7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 22:30
Hier soir, à ma déception, je n'ai pas pu participer au jeu du sablier, pour cause de garde et d'animaux malades (pfffft, z'auraient pas pu regarder le match de rughby et attendre lundi pôur faire kai-kai ? Franchement !!!) et je n'ai pas pu non plus de toute la journée.
Alors ce soir (et ce bien que j'aurais, oui je sais la mise au conditionnel de la  forme verbale ne donne pas un effet trés heureux, fort besoin de sommeil) je me remets au jeu. À l'heure où je rédige ce chapeau de billet, j'espère pouvoir écrire les deux sabliers, celui de samedi et celui de dimanche.
Rude tâche mais il faut savoir être ambitieux.


Sablier de dimanche   : 


Le bonheur vient-il de ces deux mots : la bonne heure ? Cela voudrait-il dire qu'il vient toujours à la bonne heure ? Le bonheur est-il ponctuel ? Questions fugitives dans ma tête tandis que je la regarde.
Tard en ce soir de la fête de la musique dans ce quartier de Paris, pas trés loin de l'appartement où j'ai passé mon enfance.
Cédric, Gavin et moi, les triplés, et
puis aussi Hervé,  nous formons les "three seahorses", un nom qui peut apparaître d'autant plus stupide que nous sommes quatre mais ça n'a aucune importance. Nous avons mis en place notre matériel sur cette petite place : des amplificateurs, une batterie, une guitare électrique, une guitare basse, un synthétiseur. Cédric, Gavin et moi jouons également à tour de rôle de l'harmonica, instrument qui présente l'avantage de pouvoir être utilisé en même temps qu'une guitare. Il suffit simplement de souffle et de pouvoir rester concentré sur chacun des deux instruments. Le groupe joue ensemble depuis une dizaine d'années ; il a résisté au mariage de mes frères et de  Hervé qui est notre frère adoptif. Nous avons du matériel, de l'expérience, de la technique, et ce soir, il y a du monde qui nous écoute...
C'est Cédric qui est au chant depuis environ une demie heure. C'est généralement lui qui chante, mais depuis qu'il a été si gravement malade, il y a maintenant deux ans, nous avons tous travaillé notre polyvalence.
Légèrement en retrait par rapport à lui, je me concentre sur ma guitare et, en alternance, l'harmonica et les choeurs. Mais j'ai du mal depuis qu'elle est apparue au premier rang.
Je  parviens difficilement à détacher mon regard d'elle, j'ai l'impression d'être électrisé et mon coeur bat à grands coups.
Je la regarde et je me demande si le bonheur vient à la bonne heure, et comment l'on reconnait cette "bonne heure", et comment l'on reconnait le bonheur. Est-ce que ce vertige qui m'étreint, ce sentiment de devoir agir immédiatement sous peine de voir mon bonheur s'enfuir, est-ce que tout cela est le signe que mon heure est venue et que le bonheur y a été ponctuel ?

Elle est seule et elle semble aimer ce que nous chantons puisqu'elle danse. Elle est grande, mince, de beaux cheveux mi longs qui
  semblent trés noirs, le teint clair, je jurerais que ses yeux sont bleus. Elle est seule et oublieuse de tout elle ondule sur la chanson de U2, "one". J'adore ses mouvements de bras, cet ondoiement de tout son corps, la courbe douce de ses hanches et ses cheveux qui volent autour d'elle au grés de ses mouvements de tête. J'ai l'impression de sentir un creux pesant, frissonnant, douloureux, dans mon ventre, ou à la place de mon coeur, je ne sais pas trop.
Lorsque je demande à Cédric de me laisser le remplacer au chant, il acquiesce sans difficultés.  Dans l'heure qui suit je sens mes frères s'amuser derrière moi, et si je n'étais si angoissé, je partagerais leur amusement. Car parmi toutes les chansons que nous avons à notre répertoire, je choisis systématiquement celles qui me paraissent propres à la séduire.
J'ai capturé son regard et ne le laisse plus quitter le mien. Il va être l'heure de céder la place à un autre groupe, je ne dois pas la laisser s'envoler...
Et ça sort tout seul, sur les notes doucement jouées par mes frères de "a place called home" (Kim Richey)  : "Mademoiselle, oui, vous au premier rang.... Je vous trouve trés, trés belle, et ce soir je n'ai chanté que pour vous. Il va être l'heure de céder la place à un autre groupe et je ne peux pas vous laisser partir sans vous avoir parlé.
J'aimerais espérer que vous acceptiez de me retrouver d'ici une demie heure, près du restaurant sur la place... À votre choix, nous pourrons nous promener ou nous asseoir sur un banc
; faire un tour en bateau mouche sur la seine ou marcher dans Paris, écouter la musique ou danser, en couple ou séparément Je vous offrirai un café ou un verre de vin, dégusterai une glace avec vous ou vous inviterai à dîner.  Je tenterai de vous charmer ou vous écouterai parler.... Pour une heure, pour une nuit ou pour la vie..."

Quelques instants après, tandis que nous commençons à ranger, Gavin vient me passer un bras autour des épaules et me planter un baiser fraternel sur la joue "Tire-toi mec, et va la retrouver !" Cédric et Hervé m'adressent eux aussi un regard, un sourire, un signe complice...
Je me sens stupide en venant me planter au coin du restaurant.  Voilà longtemps que j'attends le bonheur. N'ai-je pas tord de penser qu'il viendra sous l'apparence d'une femme ? De penser que je ne le vivrai que lorsque j'aurai trouvé l'âme soeur ? Mon bonheur sera-til ponctuel au rendez-vous que je viens de lui fixer ?
Une pluie fine s'est mise à tomber. Quelques personnes sont venues me parler, je leur ai répondu poliment mais si distraitement que rapidement les gens m'ont laissé tranquille. Là-bas mes frères ont fini de ranger le matériel et le groupe qui nous succède me casse déjà les oreilles. Je me sens de plus en plus stupide. Je me retourne, elle est derrière moi. Elle a effectivement de merveilleux yeux bleus dans lesquels je me perds déjà.



Sablier de samedi   : 


Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots. D'autant plus que parmi tous ceux que je pourrais prononcer, la plupart ne seraient ni entendus, ni compris, qu'ils ne seraient donc utiles à rien, voire même pourraient se retourner contre moi. Quant aux autres, je les cherche encore...
J'ai aimé cet homme, pourtant. J'ai tout quitté pour LUI, famille et région de naissance, travail et amis, et ça m'était bien égal. Je savais que je trouverais toujours un travail afin de ne jamais dépendre de quelqu'un, qu'il s'agît de LUI ou de qui que ce soit d'autre. Je pensais que je pourrais être heureuse n'importe où s'IL était prés de moi. Je savais que mes amis comme ma famille garderaient toujours une place pour moi dans leur coeur et dans leur vie.
Il y avait à cette époque de l'amour entre nous, de la tendresse, des éclats de rire, de la complicité. IL était déjà tel qu'aujourd'hui, ambitieux, fonceur, désireux de s'imposer, de parvenir en haut de l'échelle. Nous avions de longues discussions à ce sujet. Je LUI parlais de bonheur et LUI demandais si son bonheur à LUI passait réellement par sa vie professionnelle. IL ne savait pas me répondre, IL me prenait dans ses bras, ébourriffait mes cheveux, posait ses lèvres sur moi, j'oubliais mon discours, mes arguments, mes questions, mon désir de le voir parler.
C'est LUI qui a voulu un enfant. Un, pour commencer. C'est moi qui ai échoué à LUI donner.  Lorsque nous avons eu tous les résultats
des tests nous avons beaucoup parlé. IL m'a beaucoup aidée à cette époque à accepter. Lorsque les mots ne venaient plus, IL me prenait dans ses bras.
C'est encore LUI qui a pensé à l'adoption. Nous n'avions pas réellement le choix, en fait. SON père, après s'être remarié avec une femme beaucoup plus jeune que lui, venait de décéder en même temps qu'elle et le petit se retrouvait sans famille aucune.
Trés vite, j'ai été ravie à l'idée d'accueuillir ce petit bonhomme de deux ans mais j'étais en désaccord avec LUI sur la façon dont nous l'accueillerions. Pour LUI, le petit devait
devenir le notre et celui de personne d'autre. À partir du moment où il serait chez nous, nous le présenterions comme notre enfant. Inutile de raconter quoi que ce soit à qui que ce soit, surtout pas à lui qui risquait d'en être "embrouillé". .j'estimais quant à moi qu'il était préférable de lui raconter son histoire telle qu'elle avait été. Pourquoi lui laisser croire qu'il était de notre chair ? Il avait eu des parents aimants, ceux-ci étaient décédés, nous avions choisi de le prendre avec nous et de l'aimer... C'était simple, clair, sans ambiguité. Cela ne nous empêchait pas d'être ses parents adoptifs, ni de l'aimer.
Quant "aux autres", je ne voyais pas pourquoi dissimuler la vérité. C'est LUI qui l'a emporté dans nos discussions.

Aujourd'hui l'enfant, mon Xavier-bonhomme d'amour, a cinq ans. Il croit qu'IL est son père, et il m'appelle "maman". Il est magnifique, en bonne santé, remuant, joueur, rieur, curieux de tout, merveilleux, craquant.
Le problème c'est qu'IL m'a quittée. Qu'IL refuse de voir le petit et de s'en occuper.
Je n'aurais jamais cru pouvoir abriter autant de noirceur, autant de violence en moi. Je suis adulte, je peux passer sur les lettres recommandées AR de son avocat, sur la partage sordide de nos possessions, sur ses déclarations visant à me dépeindre comme une femme que seul SON argent a jamais intéressé. Mais comment peut-on faire cela à son enfant ?
Comment décrire son comportement, comment décrire son rejet de notre bonhomme et probablement surtout de moi et de "nous" tel que notre couple a existé ?
Je souffre pour mon bonhomme qui, à  toute heure du jour ou de la nuit, me fait comprendre que papa lui manque, qui me pose des questions, me fait des dessins "pour papa". J'ai mal et je brûle de voir ses yeux s'allumer puis s'éteindre lorsqu'un espoir fugitif de "voir papa" lui vient et s'éteind.
Je brûle d'une fureur énorme, impuissante, envers lui qui nous abandonne et je ne sais que dire à mon bonhomme.


Mais vous avez raison, docteur, je commence enfin à mettre des mots sur cette colère que je croyais trop importante, trop dominatrice pour cela. Et j'espère pouvoir bientôt trouver les mots pour parler à mon petit bout. Ces mots qui pour l'instant sont tellement faibles face à ma colère et ma déception. Trouver les mots pour lui dire, trouver des mots pour lui expliquer et non pour détruire, des mots qui vont l'aider à grandir, l'aider à se construire.
...
...

Euh, non, pas mercredi parce que j'essaie de garder le petit avec moi, plutôt
jeudi soir, notre prochain rendez-vous...




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