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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 00:33
Je parlais donc de l'année où j'ai fait de la pique.

Dans une autre exploitation, u
n éleveur de vaches limousines les tenait avec un licol constitué d'une chaine de métal. Un homme calme, d'âge mûr, qui semblait connaitre son affaire et manipuler ces bêtes avec douceur et fermeté. Elles étaient attachées dans l'étable, il leur fixait une par une son licol et quand il était prêt, je pouvais soulever la queue de l'animal pour prélever le sang [Oui, je ne l'ai pas dit mais, pour ceux qui ne savent pas,  chez les vaches les prises de sang se font habituellement à la veine caudale qui se trouve un face ventrale de la queue.
C'est marrant, sauf quand la vache commence par émettre une bouse sur vos bottes dont une partie éclabousse vos doigts ou bien lorsqu'elle vient juste de déféquer et que sa queue que vous prenez à pleine main pour la soulever en est copieusement enduite. Une fois aussi, j'ai dû faire une prise de sang à un petit veau né sans queue et j'ai été bien embêtée parce que je savais faire les prises de sang à la queue mais pas à la jugulaire !
]

Une fois, je suis rentrée crevée et démoralisée d'une petite exploitation.
Il n'y avait pas plus d'une cinquantaine de charolaises de tous âges dont un taureau et sur tout l'aprés midi j'avais évité  un grand nombre de coups de pieds et en avait
reçu encore plus. Les bêtes étaient d'une manière générale, d'un caractère "infect" : la plupart avaient tapé, parfois simplement quand je passais à côté d'elles ; par ailleurs, aucun moyen de contention ou de protection efficace n'avait été disponible. J'avais mes tubes de sang mais j'étais pleine de bleus et de douleurs, énervée et fatiguée.
Rentrée à la clinique, j'y ai retrouvé mes collègues, les deux vétos belges trés sympas et leur ai raconté mon affreuse aprés midi, les génisses infectes, le taureau qui avait décoché une véritable ruade que javais heureusement anticipée, faisant un bond en arrière mon tube de sang à peine rempli, ce qui fait que son sabot n'avait guère atteint que mon poignet, et encore en "bout de course", n'occasionnant pas de dégât, juste un "bleu" supplémentaire.
Et la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase : passant à côté d'un tout mignon petit veau d'à peine 50 kg, frisotté, tout blanc, à qui "on aurait donné le bon dieu sans confession", j'avais reçu un vilain coup de sabot tout sec  et nerveux que rien sauf le mauvais caractère du jeune animal n'expliquait.
Perdant un sang froid jusque là trés difficilement gardé, je lui avais renvoyé un grand coup de pied dans le ventre
[Ne croyez pas que j'en sois fière.... Mais si vous avez lu les lignes qui précèdent vous pouvez certainement comprendre...].
L'éleveuse, une dame charmante qui souffrait pour moi en silence depuis le début de l'aprés midi [ce dont je n'avais pas grand chose à faire, j'aurais préféré qu'elle fasse en sorte, soit d'empêcher ses bêtes de taper, soit de me protéger des chocs] m'avait regardé les yeux ronds et n'avait rien osé me dire que "Vous voulez de l'arnica pour soigner vos contusions ?", à quoi je lui avais trés sèchement répondu que je ne voulais rien que quitter son exploitation si elle pouvait m'assurer que j'avais bien prélevées et tuberculinées toutes les bêtes du troupeau.

Dermojet2.jpgInjecteur intradermique utilisé notamment pour les tuberculinations, image tirée de ce site.


En racontant tout cela à mes collègues j'avais les larmes aux yeux. Ils se sont regardés puis l'un des deux, Fiancé, m'a demandé très sérieusement "Le taureau, tu ne l'as pas tuberculiné, au moins ?"
— Moi, déjà inquiète "Ben, si..." [De mémoire car cela date, je devais tuberculiner toutes les bêtes d'un certain âge, tous sexes confondus.]
— Fiancé :  "Nan, t'as pas fait ça..." tandis que Marié éclatait de rire "Ben voilà pourquoi il t'a tapé..."
— Moi "Mais, heu, j'ai fait comme d'habitude, j'ai tuberculiné toutes les bêtes"
— Marié "Allez, tu nous fais marcher, là !"
— Moi "Ben, non, pourquoi ?"
— Marié ou Fiancé "Ben parce qu'il ne faut pas tuberculiner les mâles reproducteurs... Allez, dis-nous que c'est une blague !"
— Moi, devenant de plus en plus verte et tentant de contrôler un méchant début de panique "Ben pourquoi ?"
— Eux, faisant durer le suspens à coups de "Tu ne le sais pas ?
" "Attends, c'est pas possible que tu ne le saches pas, parce que c'est quand même super important, ça..." et encore "Ne nous dis pas que tu as tuberculiné tous les taureaux de tous les troupeaux que tu as fait depuis ton arrivée ?" [Or c'était bien exactement ce que j'avais fait, et ça représentait un certain nombre de taureaux et j'avais eu raison, malgrés ce que mes belges farceurs étaient en train de me faire croire.]
— Moi, de plus en plus paniquée "Mais si, si, je l'ai fait, mais pourquoi, qu'est-ce qui se passe, ne me dites pas qu'il ne fallait PAS les tuberculiner je ne savais pas qu'il ne fallait pas tuberculiner les mâles reproducteurs..."
Bref mes deux belges m'ont faite lanterner plusieurs minutes, m'amenant progressivement à croire que la tuberculination rendait les mâles stériles, ce qui, dans une région de troupeaux "à viande" où généralement toute la reproduction d'un cheptel est assurée par un seul mâle reproducteur, aurait été catastrophique. Quand ils m'ont enfin avoué qu'ils me faisaient marcher, nous avons bien ri et ça m'a bien remonté le moral.

Je me souviens aussi avoir effectué des prises de sang dans une étable le jour de Noël et m'être faite envoyer dans la mangeoire par un coup de pieds.  Les gens étaient un jeune couple, ils m'avaient invitée à boire un verre pour fêter Noël mais mes parents m'attendaient et je m'étais excusée.



Je me souviens enfin que cette image des prises de sang à la chaine, et ces grandes boites de tubes de sang que les secrétaires adressaient ensuite aux services vétérinaires départementaux me faisaient confusément repenser à Chercheur, que j'avais croisé trés brièvement quelques mois auparavant dans une autre clinique où je "faisais" la canine et lui la prophyllaxie, et qui par la suite est devenu trés brièvement aussi mon amant.

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Published by Dragon d'eau - dans Boulot
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commentaires

vetote 27/11/2007 19:42

j'ai jamais fais de pique... j'ai raté quelque chose ! lol

Dragon d'eau 27/11/2007 19:45

Hé bien.... je ne sais pas.... Quelques coups de sabots, certainement, la rencontre avec un beau jeune éleveur prêt à t'épouser, c'est sans doute du domaine du conte de fée.... En tous cas, à petites doses, moi j'aime bien la pique...

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