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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 22:03
Ben voilà, ça y est, nous avons quitté l'Afrique à 10 heures ce matin je dormais à moitié, je me suis réveillée quand l'appareil commençait à rouler et je me suis forcée à garder les yeux ouverts, histoire de voir les dernières gouttes de vert, les dernières images de l'aéroport, de la ville, histoire de pas avoir quitté l'Afrique comme ça, sans m'en apercevoir sans un dernier au revoir. Aprés on a décollé, aprés on a perdu le sol de vision nette et j'ai dormi.


Photo prise sur ce site.

J'avais fait la fête une bonne partie de la nuit avec eux, "mes" gars.
"Mes" gars ? Non qu'ils m'aient "appartenu" ou m'aient été subordonnés.... Mais... Je crois que partout où je vais et quoi que je vive, j'ai besoin d'avoir des gens autour de moi, d'avoir le sentiment que je suis dans la même barque que d'autres, même si, à côté, chacun est plus ou moins seul devant son boulot, les décisions à prendre et autres. Je dis "je" mais je crois que c'est une réaction humaine.  Ce groupe,  pour moi, c'était  les maîtres des chiens.
            Parce que j'étais leur vétérinaire, le seul ; avec leurs maîtres la seule à me préoccuper de la santé de ces bestiaux.
        Parce qu'ils m'ont acceptée.

                Parce que j
e me suis souciée d'eux — tant les gars, quand je l'ai pu, que les bestiaux — Je me suis bagarrée avec eux
quand je pensais qu'on allait enterrer l'emmerdouilleur dans le sol africain, et je me serais bagarrée encore plus s'il l'avait fallu. C'est peut-être idiot  mais pour moi c'est important   et ce sentiment d'avoir été avec eux et d'avoir été là pour eux explique le terme amical  "mes" gars.
 

C'était une soirée sympa. Repas, musique, discussions, plaisanteries, rires, discours. On est restés trés tard devant l'ordinateur à regarder des photos et écouter de la musique. Aprés, je suis retournée au bureau, j'ai terminé des papiers, je suis retournée au chenil voir les chiens qui étaient arrivés la veille, je suis revenue en me dépêchant au batiment administratif faire mes dernières formalités de départ. Et dans tout ça, je ne me suis pas couchée... J'ai poireauté  pour rendre mon couchage  en craignant d'être en retard.  J'ai encore couru, dit au revoir à mon chef et retrouvé les gars à l'enregistrement des passeports. Le tout dans une brume de fatigue et d'anticipation. penser à tout, ne pas emmener les clefs, ni le portable.

En arrivant, vision  d'un chien qui courait tout seul, joyeux, sur le parking. Enregistrement des passeports, départ pour l'aéroport. L'entrée de celui-ci est entourée par des statues d'éléphants. De grandes statues de pierre blanche, éléphants assis, trompes dressées — ça porte bonheur —  se rejoignant deux à deux par dessus la voie routière. Inscrit d'un côté "Bienvenue", de l'autre "au revoir" Il y a trois mois, j'arrivais en Afrique et m'étais placée juste derrière le chauffeur du bus qui nous ramenait de l'aéroport, dévorant des yeux la nuit africaine, tentant de tout voir. Ce soir là, en les découvrantles statues d'éléphants, pour ceux qui ne suivent pas — , je m'étais dit que j'aurais forcément un pincement au coeur en les retrouvant dans l'autre sens et bien sûr ça s'est passé comme ça.

Impressions mélangées, il me faudra du temps pour faire le tri entre tous les supers souvenirs, tous les petits trucs qui ne valent pas le coup de les conserver  et tous les petits trucs pas glop comme cette espèce de [autocensure] que j'ai pas mal cotoyée au départ, d'une part parce que j'avais pas trop le choix si je voulais respecter un minimum de politesse et puis par tentative de convivialité, aussi, évitée quand j'ai laissé tomber la politesse et qui bien qu'elle n'ait pas eu grand chose à voir avec MON taf, s'est  tout de même débrouillée pour me mettre des batons dans les roues, me faire me remettre en question en me demandant si j'étais une arriviste piétinant les autres comme elle m'en donnait l'image.

Sinon ? J’aurais bien bossé et tout de même négligé certains trucs. Enfin, négligés… Je n'ai pas délibérément négligé du travail... Mais il y avait quelques points délicats et pas urgents à gérer  que, à force de remettre sans cesse au lendemain pour pouvoir mieux m'y concentrer, j'ai laissés à mon successeur... C'est humain, ça arrive à tout le monde, pour moi ça n'a pas été sans un sentiment certain de culpabilité (je déteste laisser du travail aux autres !!!) et non sans avoir indiqué par écrit à mon successeur que je n'avais pas traités ces éléments J’ai tout de même le sentiment d’avoir bien travaillé.
Qu’espérer pour la suite ?!!!
Je rentre, je retravaille de suite, il va falloir que je continue d’avancer.

Que retenir de l'Afrique ? J’ai le sentiment de n’avoir fait qu’effleurer la surface de ce pays, d'avoir entrevu ses beaux aspects (Pour autant qu'on puisse réellement qualifier ça de "beaux" aspects), de n’avoir qu’entrevu sa misère et sa détresse  et en même temps je sais très bien que c’est comme ça et que je n'étais pas là pour passer sous la surface des choses. Et je ne le souhaite pas non plus, pour toutes sortes de raisons.

... Je retiendrai ce village où j'ai passé quelques jours, où j'étais bien, sa verdure et sa poussière qui s'infiltrait partout.



... L'équipe d'entretien sympa, le jogging avec le gars de l'équipe d'entretien le premier matin, avec Julian le second. Le gadin que je me suis pris, je me suis relevée tout de suite (ne jamais avouer qu'on a mal.... Ne jamais avouer qu'on subit, se relever et continuer) mais ma plaie au genou a mis des semaines à guérir. Les croissants et le café chez les gars de l'équipe d'entretien.

... Les petits africains qui se pressaient pour être sur mes photos et qui éclataient d'un rire ravi quand je les leur montrais sur l'écran.



... Les fleurs dans le jardin. J'en ai fait sécher beaucoup, j'en ai envoyées dans mes lettres, j'en ai laissé pas mal, dans le DMV, dans le "Bob", dans le dictionnaire. Mon successeur les trouvera sans doutes et les jettera sans doutes aussi sans savoir qui les a mises là, sans savoir  que je n'en ai pas gardé une seule et que je le regrette.

La photo n'est pas de moi, elle m'a été donnée par julian.

... 
La chaleur, les pluies tropicales. Les grandes corneilles noires et blanches, les petits oiseaux du petit-déjeuner.

...  L'équipe de gars qui venait de Bretagne,
leurs sourires quand on se croisait, chaleur et timidité à la fois, on a mis du temps à se parler.  Fred et Dédé en train de danser et de chanter   et les chansons de marin que j'ai gardé de cette soirée.

Durant ce vol de retour, j'étais placée en tête ; je suis allée une fois vers la queue de l’appareil, ils dormaient, « mes » gars et ça m'a fait sourire. Plus tard, j'y suis retournée, je voulais demander à  Julian   si, comme nous en étions convenus, il pouvait me passer de la musique. Il était réveillé, je suis allée chercher mon ordinateur portable et il a effectué des transferts de photos et de musique de son ordinateur sur le mien.  Je lui  ai donné aussi des photos à moi.
Tonnerre s'est éveillé et s'est penché entre deux fauteuils pour me demander gentiment "ça va, Docteur ?" Ça m'a touchée et fait sourire aussi, je serai restée "Docteur" jusqu'au bout.

J’allais au chenil et presque à chaque fois ils étaient là "mes gars", me saluant toujours avec leurs grands sourires, bavardant et riant entre eux. Chaleur et respect à la fois, de part et d'autre.
Mention spéciale pour Tonnerre, parce qu’on a été pas mal en contact, c’était toujours lui qui était de service quand c’était le bordel. La patte de Mascotte c'était lui, la verrue de l'emmerdouilleur qui saignait, ressemblant à un vers de Cahors, le coup de calcaire du même emmerdouilleur, c'était lui encore. J'ai apprécié son professionalisme et son efficacité, il ne m'a jamais reproché mes distractions et mes oublis.

                Mention spéciale au petit Zen, super sympa, chaleureux, bavard.
Mention super spéciale à Greg, chaleureux, qui me faisait toujours rire avec ses « Docteur ! » claironnés, qui trouvait moyen de me faire rire même quand j’étais crevée et énervée, le seul avec qui, ce dernier soir, j'ai dépassé la barrière du vouvoiement et qui m'a dit "Toi et moi, on sait que...." On savait quoi en commun ? J'étais fatiguée, j'avais envie de dormir, j'ai oublié.... Mais ça m'a touchée.




Et puis voilà. Arrivés en France, à l'aéroport, les bagages récupérés, la pression est un peu tombée.  Ils attendaient qu'on leur ramène leurs chiens, et moi mon collègue m'attendait, j'aurais bien voulu attendre qu'eux aussi quittent l'aéroport pour me séparer d'eux mais je ne voulais pas trop laisser poireauter mon collègue. J'ai attendu d'être sûre que tout allait bien, je les ai salués, j'aurais aimé leur dire tout ça, mais  c'était pas le moment, pas l'endroit, sentiment d'inutilité parce que je pense qu'ils le savaient déjà et puis ça sert à quoi de se dire plein de trucs qui donnent envie de pleurer au moment des au revoirs ? j'ai déjà failli sentir ma voix se casser. Juste quelques mots, une poignée de main à chacun, un échange de regards et je suis partie avec mon chariot à bagages et mon coeur un peu serré.

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commentaires

Julie 14/06/2008 13:38

Ils ont l'air beaux tes souvenirs... bichonne-les bien!
Merci de nous les faire partager et bonne "ré-intégration"!

Malgven 11/06/2008 13:37

A te lire on partage tes sentiments et ça rappelle quelques souvenirs, même si souvent j'avais aussi envie de rentrer chez moi. Bon retour !

Anthony 10/06/2008 17:11

Joli texte. Bon retour en france avec la tête pleine de souvenirs j'espère!

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