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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 00:35
Mardi soir
Patient (voir ici , là,   ici  et encore )  passe son niveau IV. Il travaille la théorie avec nos encadrants et s'entraîne dur, en piscine et en lac. La semaine dernière, lors de la réunion des encadrants du club, un programme de séances en lac a été mis en place.
Ce soir, c'est Elops, niveau IV, qui l'accompagne et moi j'ai demandé si je pouvais me joindre à eux.
Je pensais nager de mon côté tandis qu'ils travailleraient.
Il y a déjà deux ans ? Trois ans ? Elops, MrPropre, Audi, Bâlot et Joyeux passaient leur niveau IV et cet été là, Believe et moi venions souvent nager avec eux en lac. À cette époque nous pouvions nager et plonger au lac de D...., une petite gravière proche de tous nos domiciles, trés limpide, regorgeant de poissons dés le printemps, où tout était possible, tant la nage que les exercices jusque 20 mètres. Nous nagions toutes deux tandis que les hommes bossaient. Nous les avions retrouvé une fois aprés la nage pure pour les exercices d'apnéeSix nageurs, à quelques distances du bord, les hommes en combi, Believe et moi en simple maillot ce soir là. Le "canard" dans ce froid saisissant, la descente vers Grandmaigre qui équipé de sa combi et son bloc  attendait tranquillement posé sur le fond,  le regard sur son profondimètre afin d'avoir la satisfaction d'avoir vu, soi-même, la profondeur atteinte, le signe OK échangé avec lui — et puis la percée vers la lumière ensuite, et crever la surface dans le soir tombant avec un signe "OK" d'autant plus triomphant que, justement, on avait triomphé....
On n'a plus accés au lac de D.... depuis.

Donc ce soir, c'était à T-D, un lac de barrage situé en altitude et beaucoup plus éloigné. Je dors dans la voiture tandis qu'Oleps qui conduit discute avec Patient. Elops m'a conseillé de prendre tout mon équipement. J'ai donc ma combinaison 5 millimètres humide au lieu de la 6,5 semi étanche (oui oui, pour beaucoup ça ne veut rien dire... La première est moins épaisse et laisse pénétrer l'eau, l'autre ne laisse en théorie que trés peu pénétrer l'eau et isole mieux du froid ; son inconvénient est qu'on ne peut que difficilement nager de façon performante avec.) et puis un bloc (ou bouteille de plongée)  du club, voulant conserver la mienne pour la plongée du prochain WE. Et puis le reste.
Finalement, Elops me propose de nager le "capelé"
(nage en surface, au tuba, bloc sur le dos) avec eux puis de les accompagner en plongée. Ils feront des exercices "et aprés on se ballade".
D'accord.

Pour le NIV, Patient doit nager 500 mètres de capelé dans un temps défini, et 500 mètres... Ils hésitent, se consultent, tombent d'accord "ça doit faire jusque l'avant dernière bouée et retour."
Patient part et fugitivement je me dis que, oui, je vais peut-être parvenir à le suivre.... L'instant d'aprés il m'a pris 10 mètres d'avance, mais qu'est-ce qui se passe, pourquoi j'avance pas, moi ?
Elops reste quelques instants à côté de moi puis disparait derrière Patient.... Je nage à mon rythme — impression de ne pas avancer, lutte du souffle dans le tuba, profondeur qui parait insondable en dessous de moi et de temps en temps mon regard qui sort pour voir où j'en suis par rapport aux bouées qu'il ne faut pas dépasser pour ne pas s'approcher trop du barrage. Quand il me semble voir Patient proche de son but, je fais demi tour. Ce n'est pas que je ne nagerais pas plus, mais moi je ne suis  là
"que pour moi", alors que Patient a un examen important à travailler.... Donc hors de question de leur faire prendre du retard sur son entrainementT'tes façons je suis limite essoufflement, et au moins je n'ai pas froid mais super chaud au contraire.
Nous nous retrouvons quelques minutes aprés au point de mise à l'eau. Patient est content, son temps est bon, Oleps me dit au passage que mes palmes ne sont pas adaptées à cet exercice, ah bon, ce n'est pas moi qui n'ait rien dans les jambes, mais mes palmes qui sont nulles ? C'est rassurant.
Oleps plonge pour récupèrer son phare qu'il a immergé sur un mètre de fond ; Patient vérifie mon équipement de façon à pouvoir intervenir sans retard si j'ai un problème et me demande combien j'ai d'air. Je fais de même. Ce petit check up d'avant plongée, nécessaire (mais pas toujours effectué par tous...), constitue une routine rassurante, l'assurance de pouvoir compter sur son binôme.

Magnifique photo de brochet à Serrières, prise par Cédric Barraud et empruntée sur
ce site.

OK ? OK. Nous nous immergeons, Oleps est déjà plusieurs mètres devant et je me dépêche de le suivre. Les oreilles passent, je me dépêche en luttant contre le vague sentiment d'incertitude que j'aurais dû exprimer avant.
TD est un lac froid et sombre, et moi j'ai tendance à faire des vertiges quand je n'y vois plus rien en profondeur. De plus je suis en 5 mm, pour aller en bas à TD c'est pas top, moi qui ai déjà froid quand je suis mieux couverte ! Et puis je plonge avec les détendeurs d'un collègue, les miens étant en révision, et c'est pas intelligent de ma part de ne pas avoir prévenu Oleps de ce point, je suis en train de me dire que j'aurais peut-être pas dû venir, que je suis vraiment un boulet, moi.
[
En théorie, pas trop de place en plongée pour les conneries du style "s'immerger avec des détendeurs qu'on connait pas sans avoir rien dit au guide de palanquée" et je suis un peu trop expérimentée, même eu égard à mon petit niveau 2, pour ce genre de stupidité. Pas fière de moi sur ce coup là....]
Parce que maintenant c'est un peu tard pour les prises de choux, il faut suivre, hors de question de faire rater l'entrainement pour des conneries. [Le "hors de question" étant à prendre au Xème degrés...  Si il y a un problème quelconque de sécurité, ben bien évidemment qu'on interrompt le plouf...]

Les oreilles passent, il fait sombre et froid, je suis le phare super éclairant de Elops qui turbine, Patient est à côté de moi. Subitement ils s'arrètent, j'en profite pour faire une mise au point, repousser mon tuba
[fixé à mon masque] qui me gêne, vérifier que mon détendeur de secours est accessible, vérifier ma conso, p.... je pompe ce soir ! resserrer les attaches latérales de mon gilet stabilisateur. Je mets un temps à réaliser que Patient a effectué son vidage de masque, déjà on est reparti, déjà Elops turbine, 23 mètres, 25,9, 27,6, on se stabilise.

Noir, froid, et juste le pinceau lumineux du phare de Elops qui mime maintenant un malaise pour Patient. Celui-ci assure sa prise et décolle. Euh, qu'est-ce que je fais, je les suis, je les attends, on n'en a pas parlé avant, mais t'tes façons la question ne se pose pas, si je ne les suis pas, je risque de les perdre. C'est pour moi aussi l'occasion de travailler, un truc basique, une "remontée contrôlée", c'est-à-dire remonter lentement et régulièrement sans perdre mes binômes. L'ordinateur siffle bien que je n'aille pas vite, tiens ils se sont arrêtés et déjà ils piquent à nouveau, ben je les suis, heureusement que mes oreilles et mes sinus passent bien.


Trois exercices se succèdent ainsi, froid, noir, montée, descente, ne pas s'écraser dans la vase, suivre.
Patient est soudain face à moi et me demande si ça va. Je réponds automatiquement que oui quoique je sache trés bien que ça ne va qu'en partie. Parce que je commence à sentir des tremblements me prendre, que je commence à avoir le dos tout raide de froid, parce que les yoyos ça me réussit pas forcément, parce qu'il fait super sombre, que nos évolutions agitent la vase et c'est pas le genre de situation qui m'épanouit, à cause aussi de mon masque qui laisse continuellement pénétrer l'eau et que je vide tout en regardant Patient. D'un autre côté, je me connais, je sais jusqu'où je peux répondre que "ça va" et quand je dois dire que "non, ça va pas", sachant que ce dernier signe symbolise dés lors la fin de plongée.  Patient me demande à nouveau si ça va et, comme je lui réponds que, oui,  ça va, il me fait signe "alors on y va" et là je m'aperçois que je me suis immobilisée (depuis combien de temps ?)  et que déjà le phare d'Elops s'éloigne.

Je me dépêche.
En fait la plongée est quasiment terminée, j'ai vu que Patient annonçait à Oleps qu'il était à mi bouteille, c'est aussi mon cas et Oleps accuse réception de nos deux signes.

Nous remontons en douceur. Vers 10 mètres, l'eau s'éclaircit et la température remonte mais je suis tellement tendue par le froid que ça ne m'aide pas vraiment. Palier de sécurité à 6 mètres, je ne fais même pas spécialement attention à mon ordinateur, fondant ma stabilisation sur celle de mes binômes, le dos tendu, frissonnante. Un sourire derrière son détendeur, Elops sort son parachute et le gonfle. Je souris moi aussi, lors de notre dernière plongée ensemble, il m'a reproché de passer trop de temps à effectuer la même manoeuvre et me fait là une jolie démonstration d'efficacité et de rapidité. Je ne suis pas dupe pour autant, j'ai un parachute tout simple que je gonfle avec mon détendeur de secours, ce qui est relativement moins facile que l'usage de son parachute
autogonflant de spéléoplongeur. [Edit suite à la remarque de quelqu'un : en spéléoplongéen, nul besoin de parachute... Mais Oleps est effectivement spéléoplongeur, et par ailleurs, il a toujours du matériel "de pointe" d'où le raccourci "parachute autogonflant de spéléoplongeur"...]
Nous émergeons dans le calme du soir, le soleil se couche derrière les montagnes. Elops et Patient débriefent les exercices et moi je tremble.
"Mais t'as froid toi !" constate Elops et je hausse les épaules, ben oui, mais bon, comme d'habitude, quoi.
Nous remontons le chemin jusqu'à la voiture où nous nous rhabillons. Doigts gelés, pieds privés de circulation... Un reste de frustration habituelle, bon dieu, s'ils sont capables d'y arriver sans être en hypo à la sortie, pourquoi pas moi !!!! Mais la satisfaction d'être là, d'avoir suivi, de ne pas les avoir retardés, arrêtés.

Narnia, l'attachante épouse de Elops, m'a dit avant que nous ne partions tout à l'heure en riant, mi admirative, mi taquine, que j'étais aussi givrée qu'eux et je lui ai répondu en riant aussi que, oui, puisque je n'avais même pas besoin de me motiver pour y aller, puisque j'avais envie. Envie, toujours, de savoir où j'en suis, jusqu'où je peux aller... Pas trés loin, certes, même pas aussi loin que mes deux binômes de ce soir.... Mais je les ai quand même  à peu prés suivis.

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commentaires

Malgven 30/06/2008 21:35

Je t'admire d'arriver à surmonter tes peurs...

Dragon d'eau 30/06/2008 23:39


Ben non, il n'y a pas d'admiration à avoir... Vraiment !  :) Pour tenter de surmonter ses peurs, il faut le vouloir, et ça dépend de ta personnalité et de ce dont il s'agit... Je n'ai pas
d'exemple en tête mais il y a certainement en moi des peurs que je n'"ai pas le courage d'affronter...


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