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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 22:57
Donc seconde contribution de ma part à ce qui est le troisième grain des  sabliers givrés.
Amorce choisie par Saperli

« Oups, ça fait bizarre, non? Avant, il me parlait de mon succès assuré en amour, de mon impatience coupable au travail, de mes relations sociales assymétriques et là, une citation sur les gens qui se croyaient indispensables.
Ouh, j’aime pas. Ce genre de phrase, là, à deux centimes d’euros balsamiques, qu’on pourrait parfaitement ne pas sentir passer, qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’une banalité généralisatrice pas forcément transcendante, n’importe, quoi, une phrase bouche-trou, ou même on pourrait avoir capté l’agression sous-jacente et décider qu’on ne l’a pas entendue, pas comprise, de toutes façons on est au dessus de tout cela
Sauf que j’en ai un peu assez d’être gentille et polie. Il m’aura au moins appris cela.

—  « Je suppose que vous parlez de vous-même, là  ? »
Pan dans les dents  !!! Je n’ai jamais pu le tutoyer, mon coach. Mon coach en développement personnel, appellation ronfleuse — je voulais dire « ronflante » pour ce personnage atypique, sombre et séduisant, magnétique, en tous cas en apparences... Sur lequel pour l'heure je laisse très lentement mon regard couler de son visage jusqu’aux pieds avant que de le toiser dans l’autre sens. Un truc très déstabilisant, je l’ai compris pour l'avoir subi.

— « Qu’en pensez-vous », me renvoie-t-il
, son regard brillant subitement tel les prunelles d’un loup mais masqué ou peut-être armé d’une fausse désinvolture. Très bien, l’heure des faux semblants n’est donc pas complètement passée.

—  « Que je ne sais quelle mouche vous pique, très cher… Il me semblait que notre collaboration, que vous pourriez qualifier de fructueuse et moi de dispendieuse mais néanmoins prometteuse, ne saurait se fonder sur des non-dits, des sous-entendus ou des images peu claires. Nous ne sommes que deux dans la pièce, donc ne prétendez pas que cette pseudo-banalité pseudo-généralisante n’est pas en réalité une pique. Et si vous avez quoi que ce soit à me dire, je suis toute entière à votre écoute.  »

Sourire de loup, regard acier de loup. Vas-y, crois-le, que tu vas me manger toute crue. Mes yeux soutiennent ton regard, mon sourire te répond et je ne me laisse même pas déconcentrer lorsque tu envoies la fumée de ton cigare dans ma direction. Grossier personnage, tu me préférais soumise, recueillant dévotement la sagesse que tu daignais me dispenser au cours de ces séances censées m’aider à développer mes capacités personnelles, ma confiance en moi, mon assurance en société… Aujourd’hui que je t’affronte, tu laisses maintenant totalement tomber ton voile et je suis même capable de jouir de cet instant
. Je n'en ai ni le regard, ni les dents, mais je me sens très louve, moi aussi, subitement. C'est MOI qui vais te dévorer.

—  « Je vous ai dit tout ce que j’avais à vous dire. » sourit-il lentement.
Je me trompe ou bien il ne sait pas trop que dire, là ? Allez, il est temps de l'écraser.

—  « C’était quoi, déjà ? Ah oui. Une phrase que vous n’êtes même pas fichu de citer correctement puisqu’à ma connaissance c’est un homme du nom de Denis Langlois qui a dit ou écrit « Les cimetières sont pleins de gens indispensables. Hier, on a enterré le fossoyeur. » et non pas simplement «  Les cimetières sont pleins de gens qui se croyaient indispensables. »
Résumons, voulez-vous ? "Trés cher" ? En l’espace de quelques six mois, vous m’avez soutirée une somme d’argent conséquente et non déclarée au fisc, vous avez l’esprit pratique. Vos qualités humaines m’ont toujours déçue. En loup garou vous n’êtes pas mal, en revanche. Étant donnée l’absence de critères évaluant l’efficacité de votre travail de coach, j’aurais des difficultés à vous remercier pour la dite efficacité mais je vous remercie tout court. Je vais dépenser mon argent différemment, à l’avenir.
»

Il sourit de façon beaucoup plus ouverte et détendue et mime une salve d’applaudissements.

— « Bravo. Tout simplement BRAVO. Vous vous êtes magnifiquement tirée de cette simulation. Votre cran a été imparable, vos réponses ciselées dans le feu le plus glacé qui fut imaginable. Je suis fier de vous. Vous avez fait d'ÉNORMES progrès depuis que nous avons commencé à travailler ensembles et je ne doute pas que vous puissiez en faire encore beaucoup. »
Hé hé, je l'attendais, celle-ci. Je lui souris et fais mine de me joindre à sa pseudo allégresse.

Il sera toujours temps de lui expliquer après lui avoir donné sa dernière liasse de billets de cent euros, que je pensais mots pour mots les dernières phrases que j’ai prononcées. Ça tombe bien, c’est bientôt les soldes.
»


NB quand j'ai lu l'amorce, j'ai pensé à la fin d'une histoire d'amour. Mais je n'ai pas eu le courage de l'écrire en ce sens.

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commentaires

Malgven 15/01/2009 20:16

La fin d'une histoire d'amour ? Ah non, quand même... J'ai plutôt pensé à un confident perfide, mais j'ai trouvé une pirouette plus rigolote (et plus courte à écrire). En tout cas joli billet !

Julie et Nina 15/01/2009 11:47

Ah bon c'est pas du veçu? du veçu virtuel alors?? du veçu imaginairement complexe alors?du veçu tout de même!!

Lyjazz 15/01/2009 00:08

Ah, oui, excellent !ça semble presque vécu !

Dragon d'eau 15/01/2009 00:28


Ah, non, non, NON, ce n'est pas du vécu !  Si j'avais des liasses de billets de 100 euros à dépenser, je ferais un peu plus les soldes, effectivement  ! !
Mais merci tout de même pour le commentaire et ton passage !
Amicalement


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