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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 20:04
J'ai lu voici déjà plusieurs semaines ceci écrit ici par Chulie : "Tiens, du coup, je lance une chaine : dites moi trois choses que vous aimez à propos d’un de vos proches, en commentaires, ou sur vos blogs." qu'elle avait lancé après un très beau billet sur son papa.
J'avais envie de participer — en parlant, moi aussi, de mon papa — mais, trois points seulement, pas possible, c’était "tout" ou "rien". Et puis ce soir, ou plutôt hier, maintenant, il m'a envoyé un courriel tout banal mais qui m'a fait chaud au coeur, allez, j'y vais.

Le fourre-tout pour le présenter, d’abord : Mon père, c’est quelqu’un de très intelligent à de multiples sens du terme. Il a la tête bourrée de multiples choses. Il s’intéresse et est calé en histoire, en géographie, en sciences (dont une discipline qu’il a enseignée à l'université du pays de naissancedudragond'eau durant des années). Il a des notions de médecine, de physique, de biologie, de philosophie, de, de, de, que sais-je encore ?
Et c'était d'ailleurs un peu complexant pour quelqu'un comme moi, plutôt intuitive, empathique, attirée par l'écriture, le dessin, la cuisine, certaines activités manuelles, avec des centres d'intérêt trés ciblés et qui suis incapable de m'intéresser à l'histoire, la philosophie, la géographie, la politique, etc etc, de grandir à côté de lui.  Il manque parfois de sens pratique, de sens de l’argent notamment. Il ne sait absolument pas cuisiner, repasser, faire la lessive, bricoler. Bricoler c’est d’ailleurs plutôt un manque de goût et de patience.

C’est quelqu’un de très pudique, réservé, qui n’a jamais su être proche de nous, ses enfants, ni parler avec nous et notamment nous parler de notre histoire familiale et c'est dommage. Et quand je l’interroge à ce sujet, il sait tellement peu m’en parler que j’oublie ce qu’il m’a dit aussitôt écouté. C’est très curieux.
Il m’a fallu attendre ma wouatmillième année d’age (c’est tout récent) pour réellement parler avec lui de quelque chose de personnel et qui me tenait à cœur, et avoir le sentiment d’être écoutée, entendue.

Question cerveau, donc, il est béton. Question rapports humains, reste un peu l’impression d’absence, de distance.



Mais j’ai trois fantastiques souvenirs qui me restent précieusement et que je vais essayer de conter précisément et concisément ou aussi concisément que possible  et quand vous lisez le mot "concisément" sous mon clavier vous pouvez déjà rire, vous savez déjà que vous ne vous en tirez pas à moins de six pages de texte.

Juin (je crois)  Wouatmille,
papa à Paris dans un jury de concours depuis un mois et demi, maman frangine et moi à la maison. 20 H, il appelle (pas de portable à l’époque), non, non, les résultats du concours véto ne sont pas tombés, ni sur le serveur minitel que toutes trois nous sollicitons sans relache ni à la Vieille Maison où il a appellé.
20 H 30, je tape une nouvelle fois mon nom et mon avenir bascule au moment où la page change et où je sais avant qu’elle ne s’affiche que je suis prise et que je vais devenir vétérinaire.
06 H le matin qui suit, papa ayant pris la route très tôt arrive impromptu de Paris. Impromptu pour moi seulement. Mon grand père maternel est décédé quelques heures plus tard, décés prévisible que dans l’inconscience et l’immaturité de mes 20 ans — je me demande encore aujourd’hui sur quelle planète j’étais — j’occultais complètement.
Je l’entends arriver, le rejoins la première sur le palier « Papa, j’suis intégrée  !!! » (admirez au passage l’opportunité de la forme grammaticale).
Il m’ouvre grand les brasdans lesquels je me jette avec enthousiasme tant c'était rareavec un fantastique sourire et un énorme « BRAVO ».
Quand on connaît son manque de démonstrativité, on comprend que je chérisse ce souvenir.

Autre anecdote : Le mariage de ma sœur.
Je suis témoin, marraine de leur petite princesse. Moi-même vêtue comme une princesse (ah les filles et leurs toilettes) je me rends de la mairie au restaurant, au volant de la belle voiture prêtée pour l’occasion et décorée comme un arbre de Noël sauf que c'était en été, voiture blanche et décos rose et jaune, ma petite "mademoiselle petite fleur" bébé dormant à l’arrière et mon cousin, à l’époque Enseigne de Vaisseau dans la Marine Nationale, en uniforme avec moi. Pour moi c’est un moment important, quelque part. Pas peu fière je suis à cet instant. On discute tranquillement en roulant et puis je me fais arrêter par la maréchaussée. Courageux comme pas deux, mon cousin reste dans la voiture et me laisse discuter avec un gendarme peu aimable qui semblerait à la limite d’autant plus froid que je suis jeune, jolie, hyper désolée de me voir arrêtée précisément ce jour là à ce moment là, que je conduis une voiture
visiblement empruntée, visiblement décorée pour un mariage avec un bébé enrubanné endormi à l'arrière Non, vraiment, aucune raison de se laisser attendrir (alors que parfois, dans des circonstances beaucoup plus quotidiennes, d’autres gendarmes m’ont fait remarquer que telle infraction me coûterait en théorie X points, et tant de sous mais allez ça ira pour cette fois, faites plus attention à l’avenir.)  et il me retire deux points et me délivre une amende d’un montant exhorbitant pour mes moyens.
Je pense qu'on est tous bien d'accord :
deux points sur un permis de quelques années qui en renfermait douze et wouatmille francs, c'est point grand chose, point la fin du monde, pas la peine de se laisser abattre ni de pleurnichouiller. Mais sur l'instant, ça a représenté une méchante dégringolade vers la réalité à un moment où j'étais sur un petit nuage et ça m'est apparu comme la fin du monde.

J’arrive donc au restaurant en larmes et là mon père vient me voir et me dit : « Écoute, Dragounette, j’ai parlé à Éric" — un autre de mes cousins qui était à l’époque gendarme.  — "il ne promet rien mais si tu lui donnes ton PV il essaiera de te le faire retirer. »
En fait j’avais payé l’amende donc plus rien n’était possible
(et d’ailleurs je préfère) mais  j’ai trouvé ça fantastique. Papa, en effet, se ferait hacher menu plutôt que de solliciter un passe droit quelconque pour lui-même mais pour sa fille il l’avait fait.


Papa, il est à la retraite depuis quelques années mais il a été sollicité pour transformer l’un des derniers cours qu’il a donné en un livre
. C'est une belle distinction. J’ai un rapport particulier à l’écriture qui reste suspendue dans le temps alors que les mots  dits s’envolent. Penser que papa écrit un livre scientifique, je suis fière et j'espère qu'il sera reconnu, son livre.

En attendant, je lui ai demandé si je pouvais lui donner un petit coup de main. Traquer les fautes d’orthographe, par exemple.
Il a accepté, m’a fait passer son fichier et je me suis attellée à la tâche. Avec enthousiasme d’abord puis par « sens du devoir » ensuite. Parce que mine de rien, traquer fautes d’orthographes (d’ailleurs quasi-absentes) et défauts de ponctuations (un peu plus fréquents) dans un texte qui ne vous intéresse pas et auquel vous ne comprenez rien, c’est wou-oups et même en y passant du temps, je n'ai relu "que" cinquante pages.
Mais j’ai aussi apprécié. De le découvrir par cet autre aspect. Qu’il me laisse apporter une toute petite touche à son travail (vous savez ? C’est comme de regarder une très grande mosaïque au mur, de plusieurs mètres carrés, constituée de milliers de petites écailles mesurant chacune moins de un centimètre carré, et de dire : Tu vois la petite zone rouge, là ? La toute petite, qui ne "fait" que quelques écailles perdues au milieu des autres ? C’est moi qui les ai posées.). Je respectais déjà profondément l’intelligence de mon père, je n’ai donc pas été surprise par le contenu — auquel vous aurez déjà noté que je n’ai rien compris. Mais j’ai bien aimé le style de rédaction, abordable, avec parfois quelques petites touches d’humour que j’ai adoréil faut vraiment maîtriser un sujet pour le traiter ainsi.

Voilà. Mon père en quelques mots.

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commentaires

vetonat 03/02/2009 18:09

Je t'envie. Pour en parler comme ça, tu dois avoir un papa en or !Moi, à défaut d'avoir un super papa, j'essaie d'en donner un au top à mes futurs enfants. J'espère qu'ils en parleront plus tard comme tu en parles !

Dragon d'eau 04/02/2009 01:12


en or, je ne sais pas (relis ce que j'ai écrit ;) ) mais c'est quelqu'un de formidable, que j'aimerais mieux connaître et dont j'aimerais être plus proche. Et tu connais la chanson "On choisit pas
ses parents, on choisit pas sa famille"... Bateau à dire et tellement vrai


saramour2 31/01/2009 15:53

Bonjour Dragon D'eau d'abord un GRAND merci pour ton adorable message! Tu vois on ne se connait pas depuis longtemps et je m'attache à toi et tes messages sont remplis de sincérité, tes mots me touchent beaucoup. Dans le texte sur ton papa que je viens de lire, je  ressens une immense admiration et un amour infini pour lui, en effet tu peux être fier de lui, écrire un livre surtout scientifique, j'imagine la difficulté. Et en lisant les anecdotes, je ressens également qu'il t'adore et est très fier de toi.Bon week end petit Dragon.Je t'embrasse.

Dragon d'eau 01/02/2009 18:20


Moi aussi je me suis attachée à toi à te lire, ce que je fais depuis longtemps.
Si je n'avais pas commenté plus tôt c'est que je ne savais trop comment le faire, pour diverses raisons, et je le regrette un peu...
Merci belle Sarah !


Chulie 31/01/2009 11:42

Bonjour Dragon ! Je ne te connais pas, mais ces beaux mots à propos de ton père me font me sentir très proche de toi, ça m'a fait plaisir de lire ça, je te remercie beaucoup !

Dragon d'eau 31/01/2009 13:25


Merci beaucoup ! J'aime beaucoup ton blog et j'y passe souvent ;)


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