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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 14:06

Il est 23 H 50 quand le téléphone sonne, une jeune femme, à la voix.

D’après la description, un chien avec un épillet dans l’oreille, et, oui, elle veut venir, je suis où exactement ?

Oui, oui, les tarifs d’urgence, elle a l’habitude.

 


Une demie heure après, ils sonnent à la porte, un couple, lui dans les 40 ans, méditerranéen un peu buriné, elle paraissant beaucoup plus jeune, maigre, plutôt jolie, habillée un peu excentrique, le nez percé, les cils maquillés de vert émeraude, cheveux roux courts coiffés en pétard.

 

Je les fais rentrer et mettre le chien sur la table, c’est monsieur qui le tient.

Quelques questions, rapide examen clinique général et je passe aux oreilles, en commençant par celle qui n’est « pas suspecte », OK.

Dans l’autre « ah, oui, y’a du monde. »

Donc vazy pour l’extraire, j’ai tout de prêt, mon otoscope avec le gros embout pour pouvoir rentrer confortablement la pince coudée pour attraper les épillets, le petit embout qui est moins désagréable pour un petit chien et justement c’est un style bichon, la pince coudée, donc,  le chien et le mec qui le tient.

 

Seulement le chien bouge.

Le style ça va je bouge pas et pffiou, pile au moment où tu voies l’épillet et essayes de l’attraper, un petit bond en l’air imprévisible, incontenable avec bien sûr  le jappement qui va bien, style « au secours c’est ni  plus ni moins que de la torture, à l’aide Brigitte Bardot !!! »

Une tentative, deux tentatives, j’essaye d’expliquer au gars comment BIEN le tenir, j’essaye de me faire aider de la nénette qui chougne non, non, qu’elle ne peut pas.

 

 

OK, je vais pas y perdre ma nuit, je dis qu’il va falloir tranquilliser la bestiole.

Et là ça part en vrille.

Parce que la nénette ne veut pas alors que le gars est d’accord, parce qu’ils s’énervent l’un contre l’autre, contre moi aussi, qui me suis placée en retrait, les observe un peu médusée.

J’essaye d’expliquer, je m’énerve un peu à part moi, leur dis fermement que je ne suis pas là à cette heure là pour supporter ce genre de scène, à quoi bon, je suis devenue quasi transparente.

                 « Ben t’as qu’à  la tenir toi qui es si forte »

                 «  Non je ne peux pas, c’est toi qui la tient »

                 « C’est bon, on ne va pas y passer la nuit ! Il faut la tranquilliser ! »

                 « Non, mais ça ne va pas, je ne veux pas, elle va mourir, tu m’entends !!!! »

                 « Oh c’est bon, débrouilles-toi » il lui colle le chien dans les bras, sort en claquant à moitié la porte et elle lui court après en pleurs en exigeant qu’il ne la laisse pas comme ça.

 

 

Bon, qu’est-ce que je fais, là ?

Bien envie de lui (« leur »  mais maintenant elle est mon seul interlocuteur) dire qu’elle peut reprendre son chien et aller se faire voir avec.

                      Parce que ce qu’il a n’est pas un cas d’urgence, dans le sens où ça ne menace pas sa vie. Même si bien évidemment, la sensation pour lui doit être relativement affreuse.

                      Parce que moi aussi je suis fatiguée et que, non, je n’accepte pas ce genre de comportement. Sans parler du fait que ça me saoule un peu, ce qu’elle a dit, là, « elle va mourir », c’est sûr, je propose aux gens des actes thérapeutiques qui vont en fait faire mourir leur animal, mais bien sûr.

                       Parce que si elle n’accepte pas ce que je lui propose, je ne peux pas travailler et puis c’est tout.

 


Une chose surtout me retient, au delà de l’intérêt du chien pour lequel j’estime avoir déjà fait de mon mieux.

La chose en question, c’est l’aspect financier.

               Si je leur dis de repartir, je ne leur fais rien régler, là pour moi c’est une évidente notion d’éthique, car si j’ai posé un diagnostic, celui-ci était à moitié évident, et je n’aurai rien soigné.

               Si je ne leur fais rien régler, moi, je ne suis pas payée pour mon dérangement de nuit.

Or l’argent c’est le nerf de la guerre, et la seule chose qui me réconforte un peu  quand je suis dérangée de nuit, c’est de savoir que je vais gagner quelques pépettes de plus.

 


La jeune femme a reposé son chien sur la table et elle pleure en le serrant contre elle, se parle à elle-même, c’est pas possible, il est minuit et demie, elle est épuisée, elle a 11 heures de travail derrière elle, et elle n’est pas couchée, c’est pas possible.

Et puis elle s’énerve à nouveau contre moi, comment ça se fait que je sois seule, elle serait venue en journée, il y a toujours des assistants pour tenir les animaux, et là, de nuit, elle va payer deux fois plus qu’en journée mais il n’y a même pas quelqu’un pour m’aider ?

« S’il y avait quelqu’un pour m’aider, tu payerais QUATRE fois plus, ma grande » me dis-je in petto, mais je garde sagement cette réflexion au vrai peu constructive pour moi.

 

 

Elle me fait un peu pitié, cette jeune femme trop maigre, épuisée, et lâchée par son mec. Et d’un autre côté, je  n’ai toujours pas l’intention d’y passer la nuit.

 

Je tente de nouveau, en douceur, quelques travaux d’approche, laisse pour l’instant de côté la tranquillisation, face à ce type de phobie irraisonnée, ce n’est pas à cette heure ci et dans son état de tension présent que j’obtiendrai quoi que ce soit, lui réexplique comment tenir la bestiole.

 

Celle-ci s’est elle laissée intimider par la tension environnante ? A-t-elle sécrété suffisamment d’endorphines pour avoir moins de sensations ? Je parviens à extraire un épillet.

Ouf.

Je jette un coup d’œil de vérification, il ne semble pas y avoir quoi que ce soit d’autre, un tube de crème à instiller matin et soir pendant quelques jours .

 

 

Du coup tout s’est apaisé et en rédigeant l’ordonnance, on peut bavarder un peu, elle me dit à ma demande qu’elle bosse dans la restauration, signe son chèque, me remercie, même, repart avec son chien dans les bras vers la voiture dans laquelle l’homme attend.

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Published by Dragon d'eau - dans Boulot
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commentaires

Alex 23/10/2011 14:38



Un grand moment de solitude... Notre beau métier en fourmille ! J'imagine aisément la tension qui retombe, le soulagement quand l'épillet apparaît.

Sans transition car j'ai lu également le billet précédent, où tu fais part de ta fatigue, de ta lassitude, souhaites-tu à terme arrêter complètement de faire vétérinaire ?
Ce serait dommage, d'ici quelques temps nous aurons sans doute besoin d'un ALD - même si Toulouse est sans doute trop éloigné de la grande Bleue pour toi.


Amicalement,
Alex



aurelie 14/10/2011 10:37



et bien, tu en vois des belles des fois !


mais tu es vraiment seule la nuit ?  s'il y a une super urgence et que tu as besoin d'aide, comment fais-tu ?



Dragon d'eau 25/10/2011 21:17



ça dépend des endroits, en fait... Parfois, tu peux appeller une autre personne (auxiliaire spécialisée vétérinaire = une infirmière véto), ou carrément un collègue. Et d'autres fois, tu appelles
tes patrons et ils ne répondent pas, pour raisons x ou y, et là, tu te débrouilles comme tu peux... J'ai toujours eu de la chance, jusqu'ici, à ce sujet...



lo 14/10/2011 08:37



tout est bien qui finit bien alors :-)



La Mante 12/10/2011 14:23



des paumés..



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